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 King, you're so dope [Erza K./Edo-Gerald]

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IrisJR
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MessageSujet: King, you're so dope [Erza K./Edo-Gerald]   Mer 24 Avr - 12:45

KING, YOU'RE SO DOPE





Résumé : Three-shot. Cette guerrière passionnée, brûlante, a embrasé son pauvre cœur royal. Oui, il a succombé aux charmes de la jeune femme. Et il aimerait l'emmener loin de ce château devenu prison, oublier le poids sur ses épaules, sentir le vent fouetter son visage, l'odeur des pins emplir ses narines. Ils aimeraient juste sceller leurs lèvres nacrées d'un chaste baiser. Mais le regard acéré du danger les guette tous les deux et leur passé resurgi des entrailles de l'oubli…

Genres : Romance/Aventure

Rating : T

Personnages : Erza K./Edo-Gerald

Également posté sur ffnet.


PARTIE 1 – INDOMPTABLE

Nous humains, avons tous des remords. Nous regrettons des actes passés, nous pleurons, nous essayons d'oublier. Et peu à peu, les souvenirs, sans s'effacer réellement, se laissent engloutir dans les méandres de notre cœur. Nous souffrons, parfois toute notre vie, pour ces choses que nous regrettons tant. Pourtant, nous ne pouvons rien y faire. On ne peut qu'aller de l'avant, sans jamais s'arrêter, jusqu'à ce que la mort vienne nous saisir. Nous ne pouvons qu'essayer, souvent en vain, de se pardonner nous-mêmes pour nos erreurs. Mais la faute, l'acte que nous regrettons souvent le plus, nous, pauvres et insignifiants hommes, c'est sûrement de ne pas avoir pu dire « Je t'aime » une dernière fois à l'être aimé. De ne jamais avoir eu le courage d'être sincère. D'avoir été trop orgueilleux pour le dire.


« Car être humain, c'est aimer les autres »


Un an. Oui, juste, seulement une petite année qu'il est devenu roi. Non, Gerald n'a pas eu le temps de se lasser. Il a redonné l'espoir à son pays, il a favorisé la recherche, a instauré paix et harmonie à Edoras. Et non, ce ne fut pas de tout repos. Pourtant, il y a des moments où Gerald à un instant, quelques minutes seulement, une petite heure parfois, pour réfléchir calmement à la vie. A sa vie. Parce que Gerald n'a pas souvent le temps d'y penser. De penser à son « nouveau titre » Dans sa tête, la nuit, dans ses rêves les plus intimes, passé et présent s'entremêlent. Il rappelle à son esprit ces longues heures d'escapades infinies dans les terres les plus reculées d'Earthland. Il songe souvent à cette liberté. Cette liberté que jour après jour il a perdu. Non, rectification, Gerald a renoncé à sa liberté dès qu'il fut prononcé roi. Mais la réalité l'a assailli plus tard. Doucement. Insidieusement.

Il soupire.

Il savait, il ne peut blâmer personne. S'il doit se sacrifier pour son royaume, il le fera. Et c'est ce qu'il fait, chaque jour. Il s'occupe mille fois plus de son pays que de lui-même. Il accorde à son peuple bien plus d'attention qu'à sa propre personne. Parce que Gerald, il doit faire tourner tout ce petit monde. C'est un peu le maître du jeu. Il peut tuer, rendre heureux ou triste n'importe qui. Et cet aspect de son statut l'épouvante au plus haut point. Gerald parfois, aimerait oublier. S'assommer pendant quelque temps et redevenir Mystogan. Parce qu'après tout, personne n'est irremplaçable n'est-ce pas ? Mais partir serait lâche. Alors Gerald s'abrutit bêtement le cerveau en vivant par rêve interposé. Parfois son esprit s'envole loin de ses tracas habituels et se pare, s'enroule dans tout un tas d'exquises illusions. Parce que le roi est rêveur. Un poète incapable de dire ce qu'il ressent.

Il soupire, encore.

Le roi est dans son grand bureau, assis derrière l'imposant meuble d'acajou sur lequel repose tout un tas de documents plus ou moins hétéroclites. Les yeux dans le vide, il pense à tout ce qu'il a perdu en accédant au trône. C'est plus fort que lui, lorsqu'il est seul. Il ne peut pas dire qu'il regrette, non. On ne peut pas dire qu'il doute non plus. Mais sans ses escapades oniriques, ça ferait sûrement un bon bout de temps qu'il serait devenu fou, le roi. Parce que dans ses songes imagés, il n'est pas seul. Il y voit les membres de Fairy Tail d'Earthland, il y voit la petite Wendy. Puis parfois, comme cela, un visage s'impose à sa conscience : celui de Pantherlily. Ce dernier lui manque. Comme un père manque à son fils. Oui, ce père, cet ami qui l'a toujours soutenu, quoi qu'il fasse. Pantherlily qui lui a apprit à se servir des armes, qui a été là lorsqu'il en avait besoin. Et maintenant, son soutien si précieux manque beaucoup à Gerald. Mais Gerald n'a pas le temps de se plaindre, Gerald n'a pas le temps d'être égoïste, alors Gerald ne soupire plus. Son ami est bien là où il est. Et il n'a pas besoin que le souverain le regrette. Le peuple, a besoin du roi. Alors le roi aidera le peuple, quoi qu'il se passe. Parce qu'il l'a juré, en prenant la place de son père.


Debout, devant sa fenêtre, le roi observe ce qu'il se passe au dehors. Il a conscience des grandes modifications qu'a subit le pays, depuis qu'il est arrivé. On peut le voir dans ses yeux. Les rayons chauds du soleil barrent son visage doucement, faisant éclater mille couleurs dans ses iris tels des millions de petits feux d'artifice. Les particules de lumière inondent tout son être, faisant presque briller l'indigo de ses cheveux. Il est royal. Il a une prestance digne de son rang. Pourtant Gerald n'est qu'un homme comme les autres. Il a été propulsé à sa place actuelle par un concours de circonstances. Gerald sait qu'il n'est qu'un humain parmi tant d'autre, une minuscule goutte d'eau dans une vague grise d'écume. Gerald sait, mais il oublie, parfois. Oui, il oublie qu'il est comme les autres. Mais comment le blâmer ? Il a la toute puissance. Il a le droit de vie et de mort. Et tous se courbent devant lui, l'affublant de nombreux titres plus pompeux les uns que les autres. Au début, Gerald était déstabilisé. Puis il a commencé à s'y faire. Même, il se sentait plus fort, il était flatté. Maintenant, Gerald est bien honteux de cette fierté ! Maintenant, le roi n'entend même plus ce que tous ces hypocrites peuvent lui dire.

Et sous son regard azur, une belle jeune femme rousse observe ses soldats d'un œil avisé. Elle n'a pas changé depuis la première fois que Gerald l'a vu. Elle ne cille pas, elle est forte. Ses cheveux écarlates effleurent à peine ses épaules et le roi aimerait étrangement qu'elle les laisse pousser à nouveau. Pourtant, cette femme a l'allure d'une femme. Mais peut-être qu'avec des cheveux plus longs, Gerald aurait plus de chances de l'aborder. En tant que femme et non de commandant de l'armée. Oui, c'est ce que pense le roi quelque part dans son esprit. Il se berce d'une illusion futile, il aimerait croire qu'avec cet infime changement il aurait le droit de l'approcher.

Erza, c'est son nom. Il n'y a qu'elle qui considère Gerald comme un homme. Elle ne se plie pas devant lui. Elle n'a jamais été docile, Erza. Elle a tué, elle s'est battue pour ce qu'elle croyait être juste sans jamais plier. Elle n'accorde pas sa confiance à n'importe qui. Et peut-être même qu'elle n'a pas confiance en Gerald ? C'est une réflexion récurrence que ce dernier tourne et retourne dans sa tête. Oui, une pensée qu'il retourne dans tous les sens. Qu'il abandonne, par dépit. Des pensées qu'il emboite dans son esprit, des images qu'il assemble. Puis il rend les armes devant tant de confusion. Gerald a toujours besoin d'être soutenu par ses conseillers, par son peuple. Mais étrangement, il n'y a que devant Erza qu'il se sent l'obligation de briller, le devoir de se montrer irréprochable. Peut-être pour que dans son cœur, il devienne son souverain adoré. Ou peut-être qu'il veut se montrer irréprochable pour empêcher Erza de le considérer comme un homme. Parce que quand elle fait cela, ils se rapprochent imperceptiblement. Et qu'il n'a le droit de se rapprocher d'elle que dans ses rêves les plus fous.


Quelqu'un toque, sans que Gerald ne réagisse. Alors Coco, toujours si assidue et joyeuse, ouvre la porte. La jeune fille a l'habitude de trouver son roi contemplant par la fenêtre les soldats s'entraîner. Gerald, sans se laisser aller pour autant, permet à Coco de le voir perdu dans ses pensées. Parce qu'il sait qu'elle, elle ne le blâmera jamais de ne pas travailler quand il devrait être en train de le faire. Oui, ils ne se disent jamais rien mais ils le savent mutuellement. Coco est dévouée, compréhensive. Elle aime son roi. Elle fait encore partie de la maigre poignée de gens qui ne sont pas hypocrites envers lui.

« Que me veux-tu Coco ? Demande Gerald en se tournant vers elle.

Le Commandant Knightwalker vous demande de la rejoindre dans la cour, Majesté. » Répond la jeune fille, imperturbable.

Gerald sort alors de son bureau, suivant Coco. Il se sent toujours intimidé avant de voir la commandante. Comme s'il la redécouvrait chaque jour. Ils descendent tous deux les immenses et somptueux escaliers du palais, sans dire un mot. Leurs pas sont amortis par l'épais tapis pourpre qui pare chacune des marches en marbre, telle une longue traînée sanglante. Parfois, le roi est obligé de saluer les rares personnes qu'ils croisent, mais il le fait toujours avec le sourire. Parce que malgré tout, Gerald aime son peuple.

Enfin, ils arrivent dans la cour du château. Gerald est ébloui par le soleil. Il protège ses yeux clairs de la lumière du jour et aperçoit Erza à seulement quelques pas de lui. Elle est d'une beauté resplendissante. Elle est tellement plus belle de près. Gerald est toujours impressionné par l'aura magnifique, dévastatrice et puissante que dégage la guerrière. Il croise son regard chocolat, si déterminé, si sérieux. Il se sent toujours homme en sa présence. Il n'est plus le roi. Elle a l'air toujours plus forte que lui. Elle qui a connu sûrement tant de choses dont il ne peut même pas imaginer la portée. Oui, Gerald se sent tout simplement idiot quand il est devant elle, vêtue de ses vêtements bleu et doré, royaux. Elle ne porte qu'un short et un tee-shirt informe mais elle le domine de toute sa prestance.

« Bonjour Commandant.

Elle hoche simplement la tête. Il sait qu'Erza n'aime pas quand il la nomme commandant, tout comme elle sait elle-même qu'elle n'a pas besoin de protester, le roi ne l'écoutera pas. Non, pas du tout. Parce qu'elle, elle préférerait qu'il l'appelle Erza, tout simplement. Pas familièrement, non. Juste parce qu'elle se sent parfois honteuse de son titre. Elle qui a du sang sur les mains. La mort qu'elle a semée en pensant faire le bien. Et elle trouve injuste, parfois, de vivre encore, d'avoir encore son titre alors qu'elle a souillé son corps de tant d'horreur. Parce que Gerald ne peut pas comprendre ces cauchemars abominables qu'elle subit chaque jour, tout en continuant à avancer. Elle est hantée, tourmentée par toutes ces personnes qu'elle a exécutées sans ciller, sans une once de compassion. Mais pour Gerald, l'appeler Erza c'est un peu se rapprocher d'elle. Et ça lui fait peur, au roi.

On pourrait penser qu'elle lui manque de respect puisqu'elle ne lui répond pas, mais il n'en est rien. Gerald sait très bien qu'Erza est simplement comme cela, à ne pas user de sa salive pour une raison futile. Et c'est comme ça que le souverain tient à sa commandante. Peut-être que les autres se demandent pourquoi il ne lui dit jamais rien. Ils pensent sûrement qu'il la craint, ou simplement qu'il l'aime. Il ne sait pas Gerald, et il s'en fiche. Parce que la rousse, c'est un peu son second. A défaut de savoir si elle lui fait confiance, il sait au moins que lui, il lui voue une confiance aveugle. Il se fie à ses jugements, écoute ses idées. Parce que la commandante est également une très bonne tacticienne et qu'elle tient au royaume au moins autant que lui-même. Dommage que la politique, ça ne l'intéresse pas plus que ça.

Bien dormi ? Demande t-il, plus pour embêter Erza que pour avoir une réponse. Il connait la jeune femme. Et quand il est avec elle, il ne peut s'empêcher de la charrier, c'est plus fort que lui.

Gardez vos discussions pour d'autre. Je ne suis pas là pour converser stupidement ! S'insurge-t-elle.

Gerald rit intérieurement. Il aime quand Erza s'énerve, tout comme il l'aime quand elle est calme, sérieuse ou passionnée.

C'est ce qu'on appelle la politesse, très chère.

Il sourit. Elle esquisse un geste d'agacement.

Observez plutôt mes soldats. Dit-elle, bien plus calme.

Erza oublie toujours sa colère en parlant d'eux. Parce qu'elle en est fière. Et Gerald est jaloux, il aimerait tant que la jeune femme soit aussi fière de lui. Il reporte cependant son regard vers les militaires, quittant à regret la vision de la commandante.

Après la disparition définitive de la magie, tous les soldats ont du apprendre à se battre sans. Maintenant, ils sont tous aptes à manier l'épée normale et toutes ses déclinaisons possibles. Erza avait été patiente, les faisant travailler sans relâche sous son regard acéré. Et son travail avait peu à peu porté ses fruits. Et ça et là, dans la cour, de nombreux soldats s'entrainent dur pour protéger le royaume. Gerald est toujours ému devant un tel tableau. Il pense à tous ces hommes prêts à mourir pour le pays, et il comprend toute la fierté que ressent son commandant. Il se laisse un instant bercer par le cliquetis métallique des épées qui s'entrechoquent, apaisé. Gerald est bien, là, au milieu de son armée dévouée, aux côtés d'Erza, laissant la chaleur du soleil picoter chaque parcelle de sa peau. C'est un des aspects de son rôle qui le rend heureux.

Gerald à présent tourne son regard vers l'endroit que fixe Erza avec tant de concentration. Là-bas, les meilleurs archers de l'armée s'entraînent. Il y a peu, la rousse lui avait demandé de commander des arcs spécifiques, très ingénieusement pensés et conçus par elle-même. Le souverain avait fait entièrement confiance en son commandant et en avait commandé tout d'abord une petite douzaine pour les tester. Apparemment, le projet avait aboutit, vu la satisfaction qui se peignait dans les yeux de la jeune femme.

Ils se débrouillent très bien. Constate t-il simplement.

En effet. Je me suis permis de commander plus d'arcs il y a quelques jours, après les avoir testés. Lui apprend t-elle.

Vous avez bien fait. La rassure-t-il en hochant la tête. Mais, et vous commandante ? Vous ne vous rouillez pas à rester bêtement ici à les regarder ? La provoque-t-il, le regard pétillant.

Agacée, elle s'approche d'un de ses soldats et lui prend son arc. Elle passe ses doigts fins sur le bois doux de l'arme, presque tendrement.

Merci, Juan. Je vais de ce pas montrer à Sa Majesté que son commandant n'est pas un incapable. Déclare-t-elle dédaigneusement.

Sous les yeux amusés de Gerald, elle prend place face à la cible. Le roi s'amuse du titre qu'elle a employé pour le nommer. Car il sait très bien qu'elle ne le fait qu'avec sarcasme. Mais loin de s'en offusquer, ça l'amuse. Il l'observe se positionner, tendre son arc avec une force et une précision à couper le souffle, il observe ses doigts graciles serrer le bois lisse de l'arme. Il voit ses muscles rouler, son corps lui-même se tendre à l'extrême. Elle vise la cible de son regard déterminé et lâche la flèche. Cette dernière siffle, tel un éclair blanc déchirant le jour, et s'en va se planter dans le centre de l'objectif. Gerald s'abstient de sourire. Pourtant, il ressent une bouffée de fierté immense pour sa commandante. Il sait que c'est une guerrière aguerrie, pourtant il semble le redécouvrir un peu plus chaque jour.

Elle rend alors l'arme au soldat, sous les applaudissements de toutes les personnes présentes. Gerald surpris, ne s'était pas rendu compte que tous les regards étaient braqués sur eux. Quelques soldats proches de lui s'inclinent poliment et le roi les salue en retour. Il sort de sa transe admirative peu à peu tandis qu'Erza passe distraitement sa main droite dans ses cheveux écarlates. Comment peut-elle être si gracieuse ? Gerald observe un instant de plus sa commandante, se demandant comment une main d'apparence si frêle a bien pu tuer. Il se demande seulement comment une femme aussi belle peut être aussi forte.

Alors que la foule se dissipe et que les soldats repartent vaquer à leurs activités, Gerald se surprend à se sentir… étrangement jaloux. Erza est une femme respectée, forte, admirée, crainte. Il se rend alors compte qu'Erza est la seule femme de l'armée. A trop la considérer comme une femme, Gerald a oublié que les autres aussi, sûrement, la voyait comme telle. Alors, il se demande si un jour, Erza trouvera un compagnon parmi ses soldats. Si elle sera heureuse avec lui, un homme qui pourra lui offrir une vie de couple normale. A cette pensée, le cœur du roi se serre dangereusement, il chute et se perd dans les méandres de la jalousie, ce sentiment ignoble et cruel. Gerald secoue la tête, comme pour éloigner toutes ces idées de son esprit. Non, Erza a le droit d'être heureuse, il n'a pas à être jaloux. C'est stupide.

Vous êtes bien sûre de vous. N'affectionnez-vous pas plutôt le maniement d'armes plus… tranchantes ? Lui lance-t-il malicieusement.

Ne me tentez pas, majesté. Répond-t-elle fermement. Une rougeur discrète d'agacement s'épanouissant sur ses joues claires.

Eh bien, n'acceptez-vous donc pas ma proposition ? Ca ne vous ressemble guère, Commandante. Sans se cacher nullement, Gerald lui lance un sourire éblouissant, goguenard, immensément provocateur.

Sur ces paroles, Gerald tend son long manteau à Coco, saisissant l'épée qu'elle tenait dans ses mains. Erza se munie elle-même d'une vieille et large arme aiguisée par ses soins. Le roi passe la main sur le pommeau de la sienne, comme pour se porter chance. Et, sans lui laisser une minute de répit, Erza s'élance vers lui, assénant un coup très puissant. Le premier contact est violent et émet un bruit assourdissant. Gerald a du mal à le parer. Il serre ses doigts autour de la garde de son épée. Il n'est pas encore sûr de lui, cela fait bien trop de temps qu'il n'a pas pratiqué.

Déjà, aux premiers cliquetis du métal, les soldats se sont à nouveau massés autour du combat. Mais aucun des deux n'y fait attention, trop concentré sur leur adversaire. Ils se tournent autour, tels des lions sauvages, indomptables et furieux. Lui veut montrer à la commandante ce qu'il vaut tandis que par fierté, Erza s'applique à gagner. Le souverain observe la poitrine de la rousse, anticipant tout mouvement pouvant trahir sa prochaine offensive. Sans un bruit, Erza se fend vers le bas tandis que Gerald recule, orientant son épée vers le poignet de la jeune femme. Bien plus confiant, le jeune homme attaque tandis qu'Erza recule et lui lance un coup particulièrement puissant. Il esquive et repart à l'assaut, elle feint.

Un enchaînement spectaculaire de coups pleut sur Gerald. Il les pare tous, se protégeant comme il le peut. Erza lance ses assauts comme une vraie lionne, les dents serrées, les sourcils froncés mais totalement impassible. Alors que lui, le roi, commence à se fatiguer. Il halète, perd du souffle. Pour une fois, il regrette un peu d'avoir voulu faire l'intéressant. Des perles de sueur commencent à rouler le long de son front tandis que la guerrière met dans ses coups une puissance inimaginable. Elle broie, déchiquète tout sur son passage. C'est une vraie machine de guerre ! Pourtant, Gerald aperçoit une ouverture. Il se rue de toutes ses forces. La rousse, se rendant compte de la manœuvre de son adversaire pare précipitamment le coup. Gerald jure intérieurement.

Erza tente de désarmer le roi en effectuant un moulinet avec son poignet. Mais la poigne du souverain est trop ferme. Elle grimace, trahissant son agacement. Il avait enfin prit de l'assurance. Erza, de son côté, commence à ressentir une très légère fatigue. La sueur coule le long de son dos. Ils restent un long moment à se détailler, immobiles, fer contre fer, s'observant dans le blanc des yeux. Plus personne dans le public n'ose émettre le moindre son, passionné par l'intensité et la puissance phénoménale que dégage les deux adversaires. Erza, elle, sait qu'elle pourrait tenir encore un moment. Elle est habituée aux combats longs et fastidieux. C'est une guerrière, après tout. Gerald, lui, est sur le point de perdre sa concentration.

Bon dieu, la commandante, en plus d'être extrêmement redoutable, avait un corps de rêve. Il comprenait mieux ses ennemis, à présent. Ses beaux cheveux écarlates brillaient de sueur et collaient négligemment son visage. Avec la transpiration, son tee-shirt rouge et sans forme moulait parfaitement son imposante poitrine et son ventre plat. Elle était sublime. Son cœur d'homme n'y résisterait pas. La tension ne retombe toujours pas et chacun attend qu'un des deux réagisse. Ils se scrutent imperturbablement, prunelles chocolat plongées dans iris azur. Peut-être attendent-ils une faiblesse de la part de l'autre, une impatience qui le pousserait à réagir ? Ou alors, au-delà de cela, les deux jeunes gens semblent simplement subjugués par l'autre.

Sauf qu'ils sont tous deux immensément orgueilleux. En tant que roi, Gerald ne veut pas perdre. En tant que commandante impitoyable, Erza ne veut pas échouer. A présent, le combat n'est plus simplement une histoire de puissance, de technique et d'armes mais également un combat d'esprit, de volonté. Chacun essayant de soumettre l'autre. Mais les deux se rentrant dedans trop violemment. Définitivement, une tension électrique et particulière les lie l'un à l'autre. Gerald sait qu'il a mieux à faire, qu'il se fera sermonner par son conseil qui l'attend en réunion. Mais il ne s'en préoccuper guère. Après tout, il est le roi, il fait ce qu'il veut, n'est-ce pas ? Pourtant, lassé par l'orgueil de la guerrière, il se sent prêt à abandonner. Après tout, il a tout son temps pour lui prouver qu'il est plus fort qu'elle, qu'il peut la dominer. Et pas forcément en duel à arme blanche.

Mais soudain, l'appel de Sugarboy brise l'instant et les regards se quittent, les fers se lâchent brutalement. Tout aussi précipitamment la tension retombe et chacun relâche son souffle. Un léger brouhaha commence à naître parmi les spectateurs, dont la plupart applaudissent le roi et leur commandante pour le si beau combat. Erza, imperturbable, range son épée dans son fourreau et écoute ce que le comandant a à lui dire.

Vous m'excuserez, je dois aller réceptionner la cargaison d'arc. Déclare-t-elle après avoir pris connaissance des paroles de Sugarboy.

J'aurais ma revanche, commandante, nous ne resterons pas sur une égalité. Assure Gerald, lui rappelant leur combat inachevé.

Grand bien vous fasse. » Lance négligemment la rousse tout en se retournant.

Gerald regarde Erza s'en aller, essoufflé. Il se prépare à affronter le conseil, couvert de poussière et de sueur. Il essuie prestement la sueur qui coule sur son visage. Le combat avait été magistral. Mais que pouvait-il attendre d'autre d'Erza ? Il l'observe de dos, attardant son regard sur le charmant balancement de ses hanches. Il ne peut pas s'empêcher de la trouver éblouissante. Il aimerait passer ses mains sur ses longues jambes, observer ses lèvres charnues lui sourire. A lui, et à lui seule. Parce que cette guerrière passionnée, brûlante, a embrasé son pauvre cœur royal. Parce que oui, il a succombé aux charmes de la jeune femme. Et pas qu'un peu. Et il aimerait courir loin d'ici, sentir le vent fouetter son visage, l'odeur des pins emplir ses narines… Prendre la main d'Erza comme si c'était une simple femme et lui un simple homme. Juste déposer un chaste baiser sur ses lèvres nacrées…


Elle astique avec minutie. Elle passe doucement son chiffon huilé sur sa lance. Les armes, c'est un peu sa passion, ses amies. Astiquer le métal de cette chère arme, c'est sa façon à elle de s'évader. Cette vieille lance toute simple est toute bête mais terriblement efficace, elle y tient énormément. Elle la chérie un peu comme une compagne d'arme, une amie. Elle l'aime comme la seule personne qui a été là pour elle, qui ne l'a jamais jugée. Sa lance, elle représente un peu toute sa vie. Cette arme est indomptable, elle n'est pas fidèle. Elle ne fait ni forcément le bien ni obligatoirement le mal. Pourtant, lorsque la rousse la tient fermement entre ses mains, elle se sent étrangement confiante. Prendre soin d'elle, c'est son réconfort du soir, à Erza. C'est un moment de solitude appréciable, où elle peut souffler. Hurler, pleurer. Qu'importe. Il n'y a que l'éclat argenté de la lame qui sera à jamais témoin de ses états d'âmes. C'est un peu sa confidente. Parce qu'Erza sait que sa vieille compagne ne dira jamais rien. Pourtant, elle aimerait bien, parfois, qu'elle pose une main rassurante sur son épaule.

Assise sur sa chaise, la rousse range son arme toute propre et se tourne vers l'extérieur, assistant à la lente déchéance du soleil dans le ciel. Elle pose ses mains sur le bois usé de la fenêtre dont la peinture s'écaille de jours en jours, sans plus y faire attention, machinalement. Erza a l'habitude de faire ce geste. Elle regarde les cieux et chasse de ses épaules la fatigue du jour passé. C'est un peu un rituel qu'elle s'est imposé, il y a de cela quelques années. La guerrière forte et impulsive laisse alors place à une toute autre personne, une simple enveloppe corporelle parcourue de mille sensations. Elle n'est plus que pure énergie et son cœur est mis à nu. L'astre brûlant parsème l'azur de longues traînées écarlates et ensanglantées. Les rayons, mutins, se déposent sur ses cheveux, les faisant scintiller dans la pénombre méditative de la pièce, déchirant les lambeaux sombres de la salle, éclairant et consumant chaque parcelle d'ombre. Et le soleil se noiera bientôt dans une vague d'encre, remplacé à son sommet par la lune pâle et enchanteresse. Tel un diadème, elle se déposera doucement sur la tête rugueuse de Dame Nuit et lancera ses raies scintillantes sur le château, le parant d'un éclat sépulcral.

Une fois calmée, la jeune femme repense à son combat. Elle ne sait pas si elle l'aurait gagné, si Sugarboy n'était pas intervenu. Elle aurait continué jusqu'au bout. Malheureusement, ce goût amer d'inachevé pétille douloureusement sur sa langue. Erza est frustrée, bien moins impassible que ce qu'elle a pu laisser paraître. Elle n'arrive pas à tolérer que le roi ait pu lui tenir tête ! Son sang boue rien qu'aux souvenirs de ces sourires sarcastiques qu'il lui a lancé. La commandante sent sa colère revenir au galop mais elle la repousse vivement, clos ses paupières sur ses prunelles chocolat. Elle respire quelques instants, profondément. Cela fait déjà un an que Gerald est arrivé au pouvoir. Au début, Erza a très mal vécu ce changement. Pourquoi ? Parce qu'elle tenait à l'ancien roi. Et parce qu'elle croyait faire le bien en l'épaulant dans ses projets. Et lui, il arrive. Il change tout, il les arrête impunément. Il a brisé le quotidien de la guerrière, a piétiné tout ce qu'ils avaient réalisé jusqu'à présent. Alors, Erza s'est bien moqué de lui. Pensait-il vraiment arriver à rétablir la situation, alors qu'eux tentaient désespérément d'endiguer les choses ?

Pourtant, il y ait arrivé. Une plaie béante s'est creusée dans l'immense orgueil de la jeune femme. Elle avait eu tort. Il avait réussi ce pourquoi ils se battaient sans relâche. Ce pourquoi elle avait avancé, avait trahit amis, principes, et tant de choses encore, pour arriver à ce but ultime. Mais elle n'a rien réussi du tout, Erza. Elle a échoué. Oui, vulgairement échoué. Et elle aurait aimé s'arrêter quelque part dans un recoin inconnu du royaume, s'allonger sur le sol froid et arrêter le temps. Elle aurait voulu, pour la première fois de sa vie, tout abandonner. Se laisser choir comme une poupée brisée. Mais la jeune femme ne pouvait pas faire cela, c'était trop dur pour une combattante de sa trempe. Alors, la rousse a pleuré. Quelques larmes seulement, chaudes, coléreuses, ont roulées le long de ses joues. Invisibles. Sans que personne ne les voit. Mais, elles se sont échappées de ses yeux d'habitude si déterminés. Alors, la guerrière s'est mise à détester le roi, à lui vouer une haine infinie. Elle a maudit la vie, l'injustice, elle a voulu hurler, demander pourquoi, bon dieu, pourquoi elle était encore là.

Mais elle n'a rient dit. Elle a laissé son affreuse colère se tarir peu à peu, écartant le passé sans jamais pouvoir l'oublier. Son bon sens a repris le dessus. Sa force également. Et après quelques mois, Erza est revenue. Gerald l'a accepté volontiers, sans réellement se méfier. Elle a tout d'abord trouvé cela dégoûtant, irréfléchi, une preuve d'inconscience flagrante. Ou alors, de la pitié. Et de cela, la battante n'en voulait pas. Elle avait encore abominablement mal au cœur pour accepter de tels sentiments… Puis les jours ont passés. La rousse a définitivement scellé sa rancœur très loin dans son cœur impénétrable et la plaie que le souverain a fait s'ouvrir en elle s'est peu à peu cicatrisée. Et jour après jour, elle a commencé à… Apprécier le roi ? Elle ne dirait pas cela. Mais elle l'a considéré, tout simplement. C'était un bon roi. Un roi juste et fort. Il a réussi à remettre le pays sur pieds. Il l'a toujours respecté, et ne l'a jamais jugé. Quelque chose qu'Erza n'aurait jamais supporté, de toute façon.

Oui, le jeune homme avait remanié le pays d'une main de fer, sans jamais oublié la compassion et l'humanité. Et Erza l'envie pour cela, l'admire pour cela. La commandante, depuis ce jour là, a promis allégeance à ce roi. Elle ne la dit à personne. Lui ne lui a rien demandé. Pourtant quelque part dans son cœur, elle a décidé de lui faire confiance. Elle reste elle-même, orgueilleuse, ne montre rien de cela. Elle est Erza après tout, et restera Erza à jamais. Entre elle et le souverain, un lien particulier s'est tissé. Chacun essaie de surpasser l'autre, de montrer l'étendue de sa force. Ils sont sans cesse dans une sorte de compétition, ou chacun essaie de saisir l'autre sans jamais y arriver. La rousse ne sait pas vraiment comment c'est arrivé. C'est confus, dans sa tête. Jamais elle n'aurait conçu pouvoir travailler pour un homme tel que lui. Qu'elle a détesté, qui l'a blessé profondément. Un homme qu'elle considérait i peine un an comme un minable, un usurpateur. Pourtant, maintenant, elle se sent presque bien. Elle ne se demande même pas pourquoi son cœur vibre dès qu'elle croise ce jeune homme à la chevelure indigo.

Erza repose lentement sa tête sur sa main, pensive. Cela fait un moment déjà, que les mots « Gerald » et « Roi » se sont liés dans son esprit. Doucement, le soleil recouvre l'horizon, cette chimère que l'on ne peut atteindre, telle la main délicate d'une mère caressant son enfant. Les ombres dansent dans la pièce, majestueusement, lançant leurs tentacules noirâtres sur les murs ornés de papier peint. Erza sait qu'il faut qu'elle aille se restaurer, pourtant elle a envie de rester là un instant de plus, à observer la lente déchéance du soleil, à penser rêveusement, sans personne pour l'observer. Elle aime ces instants de répit, où elle peut se bercer doucement de la voix suave de son roi, sans cultiver le remord…


Erza longe les murs en pierre du palais. Elle sait qu'elle devrait se dépêcher d'aller manger, mais elle ne le fait pas. Il n'y a plus personne dans les couloirs, et son ombre solitaire danse sous la lumière jaunâtre des lustres. Sa silhouette se découpe dans la nuit naissante et elle avance doucement, sans un bruit, d'un pas félin. La rousse n'a pas tant envie de rejoindre la salle à manger. Pourquoi ? Parce que depuis qu'elle a hérité du poste de Commandante de l'armée en plus de sa charge de Capitaine de la garde royale, elle est tenue de dîner avec les conseillers du roi, les autres nobles, ainsi que Sugarboy et Hugues. Et puis bien sur, avec le roi. Son visage à la peau diaphane se crispe à cette pensée tandis que ses lèvres parme s'étirent en une grimace. La jeune femme a protesté vivement, disant qu'elle aimait se restaurer avec ses soldats, pour être proche d'eux, leur prouver qu'ils pouvaient avoir entièrement confiance en elle… Mais le roi a insisté, n'a rien voulu entendre. Et Erza n'a pas pu plus refuser.

La commandante se replonge dans ses pensées, se laissant emporter par le silence régnant dans l'immense escalier. Comment en est-elle arrivée là ? Comment a-t-elle réussi à passer l'éponge si rapidement sur sa haine, à panser son égo et son cœur meurtri, à ravaler sa fierté pour servir le nouveau souverain ? Pourquoi Erza a « pardonné » si vite a Gerald ? Parce qu'elle a repensé pendant de nombreux jours à Erza Scarlet, à Fairy Tail. Elle a toujours préféré l'action, cependant, faire le point sur ce qu'il s'était passé lui avait paru vital, important pour avancer. Alors, après la douleur et la colère, la jeune femme s'était plongée dans une intense réflexion, peuplée pas les nombreuses paroles d'Erza de là-bas, par leur combat, par ses actions. A chaque marche de l'immense escalier, un souvenir de cette rencontre revient à l'esprit de la jeune femme.

Il y avait cette fille, Lucy. Une mage d'Earthland qu'elle avait failli tuer, sans un remord, sans détourner une seule fois le regard. La blonde avait parlé d'Erza de là-bas, de son amie. Elle, une amie de cette Lucy ? Une mage de Fairy Tail, gentille, féminine, et toujours là pour ses camarades ? Si autrefois la pensée de faire partie de cette guilde l'avait profondément dégoûtée, elle s'était surtout demandé comment son alter-ego pouvait être aussi gentille. Elle, Erza, une battante, gentille ? Ce n'était que de la faiblesse tout cela. Sur le coup, la rousse avait pensé très fort que l'autre jeune femme devait bien être pitoyable et qu'elle la dominerait sans problème. Pourtant, la commandante enjambe quelques marches et les images de cette première rencontre ressurgissent dans son esprit. Elle soupire. Elle avait bien sous-estimé l'ennemie. Après tout, cette femme était la « même » qu'elle, alors elle ne pouvait n'être que forte, n'est-ce pas ? Elle avait commis une énorme erreur. Dès que son regard s'était posé sur elle, elle avait compris. Compris qu'elle était très puissante. Ses yeux, identiques aux siens, brillaient d'une détermination sans faille. Devant elle, c'était elle-même et quelqu'un d'autre à la fois. Maintenant qu'elle grimpe dans ces escaliers, un an après cette fascinante rencontre, Erza ne saurait dire exactement ce qu'elle avait ressenti face à son double.

Une étrange sensation, tout d'abord. Puis un intérêt. Elle était toute excitée, à l'idée de se combattre elle-même, de voir ce que son « elle » de là-bas avait dans le ventre. Elle avait enfin trouvé un adversaire à sa hauteur. A cette pensée, Erza soupire une nouvelle fois, interrompant quelques secondes sa montée. Elle s'était trompée, sur toute la ligne. Cette fille-là n'était pas aussi forte qu'elle. Elle était bien plus forte. Parce qu'elle avait ses amis, qu'elle se battait pour eux. Alors elles ont croisé les fers par de nombreuses fois. Au premier combat, la Scarlet l'a eu. Pourtant, prise d'une fureur presque inhumaine, elle s'est relevé et a retrouvé la jeune femme pour se venger. C'est à se moment là que, sur un coup de tête, elle s'est coupé les cheveux. Erza passe sa main délicate dans ses cheveux, à peine un peu plus long que ce jour là. Elle regrette de ne pas les laisser repousser, mais en se regardant dans la glace, elle ne supporterait pas d'être aussi semblable à l'autre Erza. Pourquoi ? Parce qu'elle ne mérite pas d'être identique à la rousse. Parce qu'avec envie mais déni, elle voulait être comme elle. La commandante est quelqu'un d'autre. La commandante, elle, a du sang sur les mains.

La jeune femme aurait bien envie de soupirer une fois encore, mais la porte de la salle à manger se dresse enfin devant elle. Il est temps d'y aller, n'est-ce pas ? Pourtant elle reste sur le seuil, contemplant la lourde porte en bois sculpté. Une vague de paroles, de sensations et de pensées la traverse de part en part. Et Erza se souvient. Pourquoi elle a ravalé sa colère pour le roi, pourquoi elle a décidé d'aller de l'avant, de changer. Oui, elle a changé. Grâce à Scarlet. « Regardes les choses en face, la magie disparait et pourtant personne ne meure ! », « Même sans magie je suis vivante » C'est ce que la rousse lui a dit, la fixant droit dans les yeux. Et elle avait raison, bien entendu. Il n'y avait plus de magie, mais personne n'en était mort. Ceux qui avaient disparus, s'étaient éteints de ses mains. En voulant sauver tout le monde, elle a tué. Et maintenant, Erza a honte. Mais quand elle tuait, elle pensait toujours à cette petite fille aux cheveux blancs qui hante encore ses rêves. Cette petite fille qu'elle aurait pu sauver avec un peu de magie.

« Tu te trompes » a-t-elle affirmé. Et ces mots ont percuté son cœur avec une force inimaginable. La jeune femme ne pouvait, ne voulait pas croire qu'elle avait pu autant se tromper. Elle s'est battu, elle a trahit, elle a tué. Pour quoi ? Pour ramener la magie à Edoras. Parce qu'elle pensait… Qu'avec cette magie, les gens seraient plus heureux. Et savoir que pendant toute une existence elle avait été dans l'erreur, elle n'avait pas supporté. C'était trop pour elle. Elle était désespérée, brisée, en entendant ces mots. Parce qu'au fond, ils sonnaient justes. « Écoutes les vivants, écoutes ce qu'ils disent vraiment, tu n'es pas seule ! » Erza n'avait pas su écouter le peuple qu'elle était censé défendre et protéger au péril de sa vie. La rousse avait seulement succombé à une peur égoïste, à un désir, à des pulsions qui lui appartenaient, à elle et à elle seule. Elle s'était bercée dans sa chimère, doucement. Mais… Même avec toute la magie du monde, elle n'aurait pas réussi à la faire revenir. Pourtant elle s'est convaincu que le peuple réclamait la magie. Alors, elle a continué son chemin, se cachant derrière une raison factice pour ne pas se sentir coupable. Mais… Dans ce monde, Erza n'était pas seule. Erza n'est pas seule. Les autres sont là et à présent, elle se doit de les écouter. C'est pour cela qu'elle a tiré un trait sur son mécontentement et a décidé de faire confiance à Gerald. Sur cette pensée, la commandante pousse la lourde porte de la salle à manger, magistrale, déterminée. Déterminée à aimer les autres. Mais pour cela il faudrait déjà qu'elle commence par elle-même...


« Erza est comme ça. Je suis comme ça moi aussi.
Mais… Ce ne sont plus des larmes qui coulent sur mes joues. »


La lumière vacille sur les murs ornés de dorures. Le bruit des couverts qui s'entrechoquent recouvre celui, bien plus léger, des bavardages. Erza depuis le début du repas, n'est pas très bavarde, comme à l'accoutumée. A ses côtés se trouvent Hugues et Sugarboy, ainsi que le roi, plus loin, en bout de table. Ce dernier semble occupé à découper son poisson tout en écoutant un de ses conseillers. Cela n'intéresse pas la jeune femme. Elle regarde d'un air vague, les yeux vides, l'argent de sa fourchette briller sous la lumière artificielle. Ses camarades près d'elle lui parlent parfois, paroles auxquelles elle répond brièvement. Ils voient bien que la rousse est trop perdue dans ses pensées pour discuter. Alors ils n'insistent pas et retournent à leurs occupations. Erza se laisse bercer par les bavardages d'Hugues et des plaisanteries de mauvais goût de l'autre capitaine, sans y prêter une grande attention.

Elle est proche des deux jeunes hommes. Normal, elle est arrivée dans l'armée à peu près en même temps qu'eux. Même si elle restait tout de même solitaire, elle parvint vite à son poste de capitaine. Naturellement, elle s'était rapprochée de ses compagnons. A cette époque, Erza était déjà crainte et respectée et ne cherchait pas tellement de contact. Alors elle n'a tissé de lien qu'avec ces deux là, au point où ils la connaissent sûrement autant qu'elle-même les connait. Ils respectent leurs secrets mutuels, ne se posent pas forcément de questions. Mais ils sont là, et cela suffit. Ils partagent avec Erza ce passé commun, ces meurtres qu'ils ont – non, qu'elle a ! – commis. Lentement, la jeune femme apporte une bouchée de nourriture jusqu'à ses lèvres. Elle mâche lentement, machinalement, sans vraiment s'en rendre compte. Déjà, elle est perdue dans ses pensées. Le repas continu, longuement, monotonement. Cela ennuie la commandante, qui aimerait être ailleurs, courir librement. Mais elle est confinée dans cette pièce à la lumière tamisée, près de ce roi nouveau qu'elle a appris à accepter.

Au temps de Faust, Erza ne mangeait pas avec le roi. Elle était peut-être plus libre, plus rebelle. Alors, qu'est-ce qui la retiens ici à présent ? Elle ne saurait réellement le dire. Il y a longtemps déjà que la jeune femme a été promue capitaine de la deuxième division de la garde royale. Certain auraient pu douter de sa compétence, pourtant, aucune rumeur sur son compte n'a circulé. Erza était une femme, certes, mais pas une femme comme les autres. Ses exploits passés, lorsqu'elle n'était encore qu'un simple soldat, avaient déjà construit une solide réputation. D'ailleurs… Elle n'aurait jamais pu avoir ce poste si… Non, Erza ne veut pas y penser, elle ne veut pas remuer le passé. La personne dont elle a pris la place… Etait un traître. Et son sang boue, ses yeux auparavant ternes s'illuminent sous les rayons artificielles des lustres scintillants. Une haine pure tente de s'emparer d'elle. Car… Si cet homme n'avait pas existé, elle ne serait pas morte. Mais cet homme est mort à présent. Il y avait toujours cette jeune fille qui aurait du lui succéder, mais Erza a tout de même eu le poste.

Erza secoue la tête, comme pour se débarrasser de cette gênante pensée, attirant les regards vers elle. Si elle s'est engagée dans l'armée, c'était dans un but précis. Celui, tout d'abord, de détruire l'homme qui avait fait de son enfance un enfer. Et quand cela fut fait, la jeune femme n'en n'avait toujours pas assez. Alors, elle a décidé d'aider le roi à ramener la magie à Edoras. Et jusqu'à avoir atteint ce nouveau but, elle n'a pas arrêté de s'entraîner sans relâche. Sans arrêt, encore, tant pis si elle souffrait, tant pis si elle avait mal. Elle était forte, elle ne devait pas se montrer faible. Alors, jours après jour, son désir le plus cher se rapprochait d'elle de plus en plus. Parce qu'avec ce souhait s'ensuivit… la chasse aux guildes. La chasse aux fées. Les meurtres à répétition, cette inhumanité, cette bestialité qui a pris possession d'elle. Cette soif de sang intarissable qui la poussait à tuer encore et encore. Mais pendant ces batailles… Il est mort. Erza est alors prise d'une soudaine et violence nausée. Elle s'excuse alors, se lève, bouscule quelques chaises et s'en va, sous le regard intrigué de toute les personnes présentes. Penser à lui lui fait toujours cet effet, à présent. Et elle maudit cette faiblesse, cette incapacité à retenir cette haine qu'elle nourrit envers elle-même depuis ce jour. Elle ne peut pas s'en excuser, malgré ses efforts.

Dans le couloir, elle s'éloigne précipitamment, en tremblotant. Quand elle est assez loin des autres, elle se laisse lourdement choir sur le sol. Recroquevillée dans la pénombre du château, Erza sanglote légèrement. Les yeux fermés, des images sanglantes défilent sous ses paupières. Elle est assommée, revoit danser dans son esprit les lumières jaunâtres de la salle à manger, l'éclat argenté des couverts, tournoyant, formant une danse macabre. Et… Ce jour là. Ce point de non retour. Une douleur fulgurante éclate dans son corps et se propage dans chacun de ses membres. Des tremblements secouent ses mains, ses jambes, ses doigts se crispent sur ses genoux tandis que son visage caché par ses cheveux humides de larmes se tord de souffrance et de regrets. Ce jour là doit bien être le plus terrible de sa vie, une des plus horribles erreurs qu'elle a commise. Et pourtant, ce jour-là, elle n'a rien ressenti. Elle n'a pas regardé en arrière, elle ne s'est pas posé de question. Et maintenant, si emplie d'amers remords, elle pleure pitoyablement, assise sur le sol froid du palais. Seule. Une unique larme tombe sur la pierre. Elle s'affaisse.


« Erza est comme ça. Je suis comme ça moi aussi.
Et cette fois… Ce sont bien des larmes. »


L'aube aux cheveux bouclés saisit le ciel encore froid. Au palais, tout le monde sommeille encore. Seule dans la cuisine, installée sur un bout de table, Erza tartine de longs morceaux de pain. Le soleil pâle filtre à travers les rideaux fins des fenêtres, éclairant la pièce d'un éclat matinal, froid et satiné. L'aiguille de la pendule tourne lentement, continuant son eternel « tic-tac » sans que la jeune femme ne le remarque plus. Aucune trace de larme ne témoigne de sa douleur. La commandante a l'air si impassible. Mais arrivera-t-elle encore longtemps à cacher cette plaie béante de souffrance et de pleurs qui existe en son cœur ? Pourtant, sans rien dire, sans une marque de faiblesse, Erza continue de préparer ses tartines tandis que sa tisane infuse. Elle ne veut pas être faible. Elle n'a pas le droit de l'être. Et elle se hait tellement de ne pouvoir tourner la page, de s'être montré si insensée la veille.

Elle étale un peu de gelée sur son pain, lentement. Elle en reprend et répète son geste, machinalement. Le pot de gelée de pétale de rose trône sur la table, créant une auréole rosée sur le bois brun du meuble. Les rayons encore faibles du jour le traversent de part en part, le faisant scintiller délicatement. Les pétales desséchés et délicats sont comme figés dans un cristal parme. Erza aime manger cela. Ca lui donne des forces, le matin. Elle sait que le roi se moque souvent d'elle à cause de cette gourmandise, mais elle ne s'en plaint pas. Grâce à lui, elle n'en manque jamais, après tout. La jeune femme aime la beauté précieuse de cette confiture, sa couleur et ses reflets, mais par-dessus tout son goût. C'est une explosion sucrée qui a lieu sur ses papilles, quand elle porte sa tartine jusqu'à sa bouche. Exquisément, elle passe lentement sa langue sur ses lèvres, imprégnant son palais de cette joie douce et pétillante. Ainsi, Erza est heureuse. Elle se sent plus féminine. Elle enlève alors le bois qui trempe dans sa tasse et porte le récipient fragile jusqu'à sa bouche encore collante de gelée. Elle n'a pas le temps de reposer la tasse sur son socle que Sugarboy ouvre la porte brutalement, décoiffé et tout débraillé. Intriguée de le voir debout si tôt, la rousse se tourne vers lui, arquant un sourcil.

« Erza ! Dame Mikazuchi vient d'arriver ! » Lance-t-il, haletant.

Se levant brusquement, elle renverse son infusion d'aubier de tilleul…


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MessageSujet: Re: King, you're so dope [Erza K./Edo-Gerald]   Mer 24 Avr - 12:46

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MessageSujet: Re: King, you're so dope [Erza K./Edo-Gerald]   Mer 24 Avr - 12:46

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MessageSujet: Re: King, you're so dope [Erza K./Edo-Gerald]   

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King, you're so dope [Erza K./Edo-Gerald]
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